QUATRIEME
VOYAGE EN AMERIQUE DU SUD
A Puerto Piramides nous chargeons Gary et Sébastien,
2 jeunes stoppeurs français.
La péninsule Valdés est très vaste, occupée par de nombreuses estancias.
Nous parcourons plusieurs centaines de kilomètres.
Le dernier soir, sur la péninsule Valdés, la forme des
nuages nous impressionne et nous inquiète, mais pas nos stoppeurs, campeurs
débutants, qui montent leur tente dans un creux à l’abri du vent. L’orage
qui suit les transforme en hommes-grenouilles.
Dans « Le petit Prince » de Saint-Exupéry, l’île aux
Oiseaux représente le boa qui a avalé un éléphant (et que certains prennent
pour un chapeau).
L’avion de Saint-Ex n’est plus là. Il s’agissait d’une réplique, partie
en restauration. Il aimait voler dans la région.
Une martineta (tinamou) parfaitement camouflée dans son
environnement.
Nous quittons la péninsule Valdés pour Puerto Madryn,
ville importante et port, et nous nous installons au camping.
La précédente entrée de notre véhicule en Argentine remonte
au 12 mars 2008. Le document rempli par la douane nous autorise à circuler
avec pendant 8 mois, plus précisément 240 jours, donc jusqu’au 7 novembre
2008.

La santé de Marie-Paule se dégradant, nous sommes rentrés
en France le 9 avril en laissant notre Land en sécurité dans un camping,
comme beaucoup d’étrangers le font, qui prennent l’avion pour passer quelque
temps dans leur pays. Elle ne mangeait plus, ses forces déclinaient et
finalement elle ne pouvait plus marcher. Elle est entrée d’urgence à l’hôpital
et y est restée 11 jours pour une sévère crise d’asthme. Bien soignée,
son état s’est amélioré rapidement, malgré son diabète.
Notre billet d’avion prévoyait un départ le 9 octobre.
L’autorisation de circuler en Argentine pour notre véhicule se terminant
le 7 novembre, nous n’étions pas inquiets.
Un ami cherchait un chauffeur pour convoyer son camping-car en cargo pendant
qu’il partirait en avion et offrait sa place. Nous nous sommes proposés.
Mais le Grande Buenos Aires fut sans cesse retardé et nous arrivâmes dans
la capitale argentine seulement le dimanche matin 16 novembre.
Comme d’habitude, les formalités douanières pour les 9 passagers et les
5 véhicules sont expédiées en moins de 2 heures. Marie-Paule interroge
le chef douanier, qui nous reconnaît (c’est notre 4e traversée) au sujet
de l’autorisation de circuler de notre Land, resté près de Cordoba. Il
ne peut pas la prolonger car notre voiture n’est pas ici, dit-il.
Puis nous passons 2 jours chez des amis argentins en banlieue, partons
à 700 km en bus de nuit, au camping à Villa General Belgrano, près de
Cordoba. Encore quelques jours pour remettre le Land en service et trier
nos affaires. Puis nous descendons plein sud vers la péninsule Valdés.
Mais nous avons déjà raconté tout cela précédemment.
Vendredi 5 décembre
En route vers Ushuaia, nous nous présentons spontanément à la première
douane sur notre parcours, au port de Puerto Madryn, pour faire régulariser
la situation de notre véhicule, notre autorisation de circuler avec en
Argentine étant périmée depuis le 7 novembre.
Nous expliquons que l’état de santé de Marie-Paule a nécessité notre retour
en France en avril, qu’elle a été hospitalisée, (nous aurions dû apporter
une preuve de cela, et la faire viser préalablement par l’ambassade d’Argentine
à Paris qui aurait pu la certifier, encore fallait-il le savoir…) et que
le cargo que nous avons pris pour revenir a eu 6 semaines de retard, mais
ils n’en tiennent aucun compte.
Pour avoir dépassé la date de sortie du territoire argentin, nous nous
attendions à une amende, 100 ou 200 euros, voire 500 tout au plus.
Et là, une très mauvaise surprise nous attend. La douane parle de séquestrer
notre véhicule en attendant le paiement de l’amende. D’autres douaniers,
plus humains, plaident notre cause car le Land est aussi notre domicile.
On nous permet de l’occuper et de circuler sans quitter la ville. Nous
sommes assignés à résidence au camping !
L’amende à payer correspondra à 35% de la valeur de notre véhicule ici.
Nous n’avons jamais imaginé une telle sanction. Pour nous, sortir son
véhicule du pays en retard est une infraction qui n’a rien à voir avec
sa valeur. On n’a pas cherché à le vendre ! En France, qu’on grille un
stop en 2CV ou en Rolls, l’amende est la même, cela n’a aucun rapport
avec le prix du véhicule.
D’abord, pas question d’abandonner le BerliLand, qui m’a demandé un an
de réflexion et autant pour le construire. Nous ne le vendrons jamais
!
Nous retrouvons des Français en camping-car sur un parking
de la plage et leur racontons notre histoire. C’est alors que passent
Sergio, puis Jorge qui roule en Defender et comme d’habitude nous faisons
visiter le BerliLand. Ils nous demandent si tout va bien, nous leur expliquons
notre problème. Aussitôt Jorge téléphone puis avertit par Internet le
forum du landroverclub argentin. Il explique notre cas et demande de l’aide
aux autres landistes, dont certains travaillent à la douane.
Le soir même, Jorge vient nous trouver au camping avec
son épouse, accompagné par des amis landistes : Rogelio et Dolly, Otto
avec sa vieille Land Santana 88 de 1981 et aussi Pablo.
Ils apportent glaces et champagne argentin (excellent).
Le lendemain soir ils reviennent avec un mouton entier
et différentes viandes et nous offrent une parrilla mémorable. Cette soirée
très chaleureuse nous réconforte. En souvenir, une bouteille de vin étiquetée
spécialement pour le Landroverclub argentin, à boire avec nos enfants
quand nous serons rentrés à la maison.
4 Land nous rejoignent au camping.
Dolly et son mari Rogelio, qui se charge de la cuisson.
(Ce sont toujours les hommes qui font cuire la viande, la nourriture principale
ici.)
Des Français de passage sont aussi invités.
Comme nous, Jorge lit Land Mag et apprécie le T-shirt
que nous lui offrons.
Dimanche
Rogelio et Dolly nous emmènent dans leur Land rouge visiter la côte, voir
des loups marins et des cormorans dans une réserve, puis chez eux où nous
apprécions ses talents d’aéromodéliste. Nous lui faisons découvrir le
site très visité de notre fils Laurent : www.jivaro-models.org
(Laurent est aussi le webmaster de notre site.)
Nos amis font tout pour nous faire oublier nos soucis.
Il nous emmène sur le site www.landroverclub.com.ar
lire les nombreux messages de landistes scandalisés par cette sanction.
Nous avons constamment l’estomac noué par l’angoisse et bien du mal à
dormir.
Mardi
La douane nous a donné rendez-vous ce matin. Ils ont estimé notre Land
Rover. Qu’il soit aménagé ne les intéresse pas, ils n’iront pas le visiter.
Tant mieux !
Ici un Defender 300 Tdi de 1994, 3 portes, à l’état standard, vaut 23
000 € environ. Cela aurait fait, en multipliant par 6,55957 = 151 000
francs, le prix qu’il avait coûté neuf en France il y a 14 ans à son premier
propriétaire, et le double de ce que nous l’avons acheté d’occasion il
y a 11 ans (75 000 francs).
Les Land valent très cher ici. Nos amis Landistes nous le confirmeront.
Nous sommes effondrés.
Une douanière plutôt sadique nous tend un papier. Signez là ! Amende 28
850,10 pesos ! Environ 7 000 €. Je refuse. Nous sommes catastrophés. Nous
ne possédons pas cette somme et ne pouvons pas payer, et comment financerons-nous
notre retour ?
Nous avons un peu plus que l’argent du retour, c’est tout.
Mercredi 10
Sergio, qui est avocat, et Rogelio nous accompagnent. La douane s’est
penchée sur notre cas et a accepté de revoir à la baisse la valeur du
Land, comme s’il était en mauvais état.
L’amende est réduite à 17 000 pesos, soit près de 4 000 euros. Ils nous
laissent jusqu’au vendredi 19 décembre pour payer. Sinon, ils le confisquent.
Nous contactons le service juridique d’Inter Mutuelles Assistance qui
nous confirme que telle est la loi argentine.
Echange de mails avec l’ambassade de France et le consulat de France à
Buenos Aires qui nous affirment que c’est légal et que la douane de Puerto
Madryn a fait un geste en diminuant l’estimation de notre voiture.
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Mme Catalina, qui vend les billets pour les passagers
des cargos Grimaldi, nous envoie par mail, ainsi qu’à la douane, un certificat
expliquant que le cargo est arrivé avec 6 semaines de retard sur la date
prévue, et que nous n’en sommes pas responsables. Elle souligne notre
attachement à l’Argentine, dit que depuis des années nous faisons avec
notre livre et notre site Internet la promotion du tourisme ici.
En attendant nous allons sur Internet en Wifi devant
les hôtels qui longent la plage et alertons tous ceux qui pourraient nous
défendre, répondons aux nombreux messages de sympathie et nous nous occupons
de nous faire envoyer les 4 000 €.
Et nous parcourons la ville de long en large. (Avec la disposition en
cuadras, impossible de faire autrement dans les villes sud-américaines
!)
Refusant la domination des Anglais, voulant conserver
leur langue, quelques nationalistes gallois sont arrivés en Argentine
à la fin du XIXe siècle. Le gouvernement argentin leur a donné des terres
dans la vallée du Chubut, en Patagonie, pour que les Chiliens et les Anglais
ne s’y installent pas.
La colonisation dans la région de Puerto Madryn s’est faite sans violence,
nous dit-on. On peut voir le monument à l’Indien et celui de la femme
galloise, les deux peuples ont cohabité pacifiquement. En 1865, 153 Gallois
arrivèrent dans ce qui ne ressemblait en rien à leur pays verdoyant. Ils
n’étaient pas cultivateurs. Les débuts furent difficiles, mais grâce à
l’aide des Indiens tehuelches ils parvinrent à s’adapter, à irriguer et
favorisèrent l’arrivée de nouveaux immigrants gallois. Ils fondèrent les
villes de Rawson, Trelew, Puerto Madryn, Gaiman et Dolavon.
Les statues de l’Indien tehuelche et de la femme galloise
leur rendent hommage à Puerto Madryn, où certains tentent de débaptiser
l’avenue Julio A. Roca (le général de la Conquête du Désert, grand exterminateur
d’Indiens mapuches à la fin du XIXe siècle), pour la renommer « avenue
des Peuples originaires ».
Sur l’avenue, plutôt que de les tronçonner, les arbres
trop vieux sont devenus statues.
Les véhicules argentins sont parfois étonnants, comme ce combi Volkswagen
aux roues arrière jumelées. Mais où donc est le moteur ?
Ce pick-up Ford d’un âge certain a eu droit à un avant
remodelé.
Dimanche 11 heures.
Nos amis landistes nous ont annoncé une surprise. Nous rejoignons 6 autres
Land Rover du club et 2 motos. Après un bout de piste poussiéreuse, nous
longeons le bord de mer sur une dizaine de kilomètres pendant que la marée
descend. Nous devrons impérativement rentrer avant la marée haute, qui
recouvre tout, car il n’y a pas d’échappatoire possible, la falaise nous
en empêche.
Des guanacos appartenant à une hacienda viennent jusque sur la plage
quémander un quignon de pain. Marie-Paule aura même droit à un bisou tout
chaud et tout doux.
Nous atteignons une superbe plage. Il n’y a que nous,
évidemment. Les Land sont disposés en carré et des toiles tendues nous
tiennent à l’ombre. Un feu est allumé et un mouton et diverses viandes
commencent à cuire. Salades et fruits, bière ou vin, champagne argentin
pour finir, tout nous est offert. Toujours impossible de participer. On
cherche à nous consoler en espérant que notre problème connaîtra une issue
heureuse.
Ici on écartèle le mouton pour le cuire verticalement et les flammes
lèchent la viande sans la brûler.
Rogelio aux fourneaux, avec le T-shirt du groupe d’aéromodélistes de
notre fils. Ces Jivaros ne sont pas de redoutables réducteurs de têtes,
mais d’affreux réducteurs d’avions.
L’installation est vite montée. Excellente ambiance.
Les chiens argentins sont probablement les plus heureux
du monde.
Miguel nous montre comment faire un sandwich argentin
: prendre 30 g de pain et au moins 500 g de viande.
Moment d’émotion. Jorge prend la parole au nom du groupe pour nous souhaiter
une heureuse issue à notre problème douanier et un excellent voyage. Merci
encore à tous !
Argentins et landistes jusque sur le maté, le récipient
de la boisson nationale.
Myriam et sa moto BMW, la même que celle de notre
fils
qui voyage en Afrique.
Retour en fin d’après-midi, avant la marée.
Un avant-goût du Dakar. Un petit tour dans les dunes.
Retour à la civilisation, bruit et promiscuité.
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